mercredi 26 septembre 2012

An 10 du naufrage du "joola"

Le choc du « Joola » oublié et enterré








Anarchie, violation de la réglementation, mépris envers les usagers, arnaque et surtout manque d’entretien des bus et autres cars de transport… Tels sont les qualificatifs usités par les usagers pour décrire la situation des transports en commun en milieu urbain surtout dans la capitale. Les surcharges, un phénomène qui fait beaucoup de victimes au Sénégal et dont la responsabilité est partagée entre preneurs et usagers.

La tragédie du « Joola » n’a pas changé les comportements des Sénégalais. Becaye Diop, ministre des formes armées à l’époque, lors de la cérémonie du 9e anniversaire du naufrage du bateau le Joola, avait soutenu que « les surcharges sont à l’origine du naufrage du Joola ».
Les surcharges dans la capitale sont devenues légion,un problème fréquent. Leurs applications régulières ont érigé cette pratique interdite par la loi, en une règle. « Voyez cette surcharge que le bus a du mal à contenir », se désole un passager.
Effectivement, les gens s’entassent comme des  « sardines dans une boîte » comme dit l’expression populaire. Ils ne respectent pas le nombre de places autorisées, et il faut jouer les coudes pour entrer.
Si la faute est partagée entre usagers et preneurs dans les bus, mais dans les cars « ndiaga ndiaye » sont les chauffeurs et les apprentis qui sont indexés.
10 heures passées de quelques minutes, au garage Petersen, nous sommes à l’arrêt des lignes 55 et 27 des bus Tata. Ici, il faut faire la queue pour accéder à l’intérieur du bus. Mactar Diallo, responsable de ces deux lignes soutient que la faute est des deux cotés car la demande semble être supérieur à l’offre. « On n’y peut rien, parce que déjà dans un arrêt, les passagers se bousculent pour entrer dans. Tu ne peux pas les interdire à rentrer là dans. Tout le monde, même s’il voit que bus est plein à craquer il force. Ce qui les importe c’est seulement arriver à destination. Nous tous sommes fautifs. Et aussi il n’ya pas assez de bus. Le nombre est insuffisant. » Dit-il.
Il poursuit en rejetant toute accusation envers leur personne de n’avoir aucun respect pour les usagers, « nous faisons que notre travail, mais d’aucuns disent nous ne respectons pas les passagers parce que nous embarquons comme des moutons dans les bus. Le bus à l’arrêt est ouvert à tout le monde et l’on n’oblige personne à entrer. Si quelqu’un trouve le car plein il n’a qu’à descendre et attendre un autre. »
Embouchant la même trompette que Mactar, Boubacar Cissé soutient que « c’est un manque de véhicules, c’est ce qui est à l’origine des surcharges. Nous savons qu’il ya des risques, mais on est obligé de les supporter. Parce que si on ne fait pas cela, on risque d’être en retard le matin au lieu de travail. Car des élèves aussi ne veulent pas rater certains cours en profitent. Nous et les preneurs sommes fautifs. » Le nombre de places avoisine parfois le double de ce qu’ils devraient transporter.
Amy Biaye confirme « à l’heure de la descente nous sommes obligés, surtout s’il s’agit du dernier car. Les gens se bousculent pour y entrer,car il n’ya pas d’autres solutions. »
Au garage des « ndiaga ndiaye », les apprentis se disputent pour l’obtention d’un passager. Le car DK4631M en destination à la banlieue est déjà plein, mais son apprenti est toujours à la recherche d’un autre passager. Aby Ndiaye, commerçante dans ce garage est montée à bord de ce car pour rentrer fustige l’attitude des chauffeurs et de leurs apprentis. « Ils ne respectent personne, c’est l’argent qui les préoccupe. Le car est déjà plein, mais il faut qu’il en mette deux ou trois autres personnes dedans sans compter ce qu’ils amassent sur la route. »
À l’aise ou pas, cela n’intéresse plus personne. L’essentiel, c’est d’arriver à destination. Debout ou assis, serré, étouffé ou non, ce n’est pas important. Car tout le monde tient à arriver à destination et ça à tout prix. Conséquence on est plus surpris toute la journée de voir des bus pleins à craquer.
Par contre à Pompier, vers midi, à l’entrée du garage, nous avons interpellé un homme pour lui expliquer le but notre présence. Mais après quelques échanges, il nous a automatiquement ordonné d’aller dans les autres garages. Parce qu’ « ici on n’autorise pas les surcharges. Les véhicules sortent du garage à nombre juste.il faut aller à petersen ou à colobane », soutient-il.
Cette dame, trouvée à l’intérieur d’un mini car en partance à Ndangane Sambou, confirme les propos du premier interpellé, «chaque voyage, je prends dans ce garage de véhicules pour rentrer à  ndangane sambou ;mais je n’ai jamais vu de surcharges. »
10 ans après le naufrage du bateau le Joola, les surcharges deviennent de plus en plus récurrentes au Sénégal, car les chauffeurs ont légitimé ce fléau.