Revoir la légende autour du président Senghor, c’est
ce qu’a demandé le Professeur Abdoulaye Bathily, lors de la commémoration des
événements de mai 1968, hier. Il animait, aux côtés d’autres acteurs
de ces événements, une
table ronde au centre de recherche ouest africain (Warc), sur ce soulèvement populaire dont l’ampleur, avait à l’époque surpris tout
le monde.
Le mois de mai de l’année 1968, est gravé sur les
tablettes de l’histoire politique du Sénégal. Huit ans seulement après l’accès
à la souveraineté internationale, l’ancienne capitale de l’Afrique Occidentale
française (AOF) allait vivre un soulèvement populaire sans précédent. Et, ce qui
était parti pour n’être qu’un mouvement d’humeur de la classe estudiantine
avait fini de toucher une population frappée par la misère et le musellement
orchestré par le régime senghorien. La pire crise politique à laquelle le
président, Léopold Sédar Senghor ait eu à faire face depuis l’indépendance. « Le malentendu entre les étudiants et Senghor a
occasionné une révolte de la classe estudiantine. Il y’a eu soulèvement
populaire. Le mouvement prend la place de classe politique. L’université et les
écoles publiques de Dakar, Thiès et Saint Louis ont été fermées. Mai 68 est
parvenu à mettre à genou le gouvernement. La grève avait surpris Senghor et
gouvernement », a soutenu Monsieur
Ousmane Camara, ancien directeur de la sureté nationale.
Selon le ministre conseiller, Pr Abdoulaye Bathily,
cette grève n’avait pas seulement surpris Senghor, mais tout le monde, vu son
ampleur. « Cette grève surpris tout le monde. Les étudiants aussi
étaient surpris de l’ampleur du mouvement. Cette rencontre pour la
commémoration des 45 ans de mai 68 permet aux gens de se projeter vers
l’avenir. Car c’est un événement majeur de la vie et de l’histoire politique de
notre pays », a-t-il précisé.
Par ailleurs, il demande de revoir la légende autour
du président Senghor. A en croire le Pr Bathily, « cette légende
ne correspond pas à la réalité. Quand les étudiants sont en mouvement, le
régime du premier président, Léopold Sédar Senghor, a sorti l’artillerie lourde
pour les réprimer. Pour cela tous les moyens étaient bons. Le Sénégal était
colonisé par le capital français. C’est pourquoi, il y a eu un réquisitoire
contre la politique économique de Senghor. La traque des étudiants était une
sorte de détonateur. Car en ce
moment il n’y avait pas d’indépendance mais plutôt transfert de compétence. Il a fallu la révolte
populaire pour contraindre le pouvoir a lâché du lest ».
Pour lui, mai
1968 n’est pas seulement sénégalais, mais un mouvement africain.
Mbye Cham, ancien étudiant gambien, un des acteurs de cet événement et
actuellement professeur à Haward University, dans sa correspondance lue par le
professeur Ousmane Sène, directeur du Warc, se
rappelle, « le jour où les
soldats ont fait irruption sur
le campus, nous étions massés autour de la porte principale sur la corniche. Et
dès qu’ils ont commencé à avancer, nous nous sommes dispersé pour rejoindre nos
chambres ».
Et de poursuivre « je
n’oublierai jamais ce géant soldat sénégalais qui avait brutalement fait
irruption dans notre chambre et qui s’est emparé de moi. Chétif que j’étais, à
l’époque et m’a jeté dans le camion avec les autres. Nous avons appris par la
suite que certains étudiants sénégalais ont été enrôlés de force dans l’armée ».
Pour ceux l’ont vécu, c’est un souvenir. Pour ceux qui
n’étaient encore nés, c’est un mythe. Mais quoi qu’il en soit, mai 68 reste une référence
incontournable.
souleymane NDIAYE
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